L'événement Cancer : l'incroyable découverte d'un chercheur de 24 ans
27 janvier 2007 Le Parisien - Daniel Rosenweg
L'INSTITUT Gustave Roussy de Villejuif (IGR) est habitué aux chercheurs qui trouvent. Parmi ces avancées souvent spectaculaires, il en est une qui relève du conte pour son découvreur, un jeune scientifique de 24 ans.
Il vient de publier le fruit de ses travaux dans le dernier numéro de la prestigieuse revue «Nature Medicine». Cette trouvaille est très prometteuse pour les patients atteints de cancer.
A la veille de Noël 2005, Michel Obeid regarde une nouvelle fois dans son microscope, quelque peu désespéré. Ce doctorant, arrivé à l'IGR il y a trois ans dans l'unité dirigée par Guido Kroemer, fait sa thèse sur la vaccination contre le cancer.
Depuis des mois, il teste la réactivité de certaines protéines. Il les soupçonne de pouvoir servir d'alarme au système immunitaire en présence de cellules cancéreuses. Ce jour-là, il teste la quarantième protéine, la calreticulin, alias la «cal».
Et ce 23 décembre, le Père Noël est en avance. Bingo : la cal qu'il observe est en train de stimuler un dispositif immunitaire ! Du jamais vu.
90 % des tumeurs Réduites à néant.
La cal se trouve dans toutes les cellules. « L'idée, explique le jeune chercheur, c'est, à travers elle, d'attirer l'attention du système immunitaire sur des cellules cancéreuses. Une fois ces intruses identifiées et cataloguées comme étrangères par le système immunitaire, les lymphocytes T se mettront à chasser toutes les cellules semblables en vue de leur destruction. » La théorie générale s'est révélée exacte. Quelques mois plus tard, lors d'essais
sur des souris, le système immunitaire réagit. « En quelques jours, la tumeur a été réduite à néant chez 90 % des souris », explique Michel Obeid. Sans dommage, cette fois, contrairement à la chimiothérapie.
Le doctorant et son directeur, Guido Kroemer, spécialiste de la mort cellulaire, décident enfin de tester la protéine en l'associant aux médicaments utilisés en chimiothérapie. Le résultat est spectaculaire. Les effets des produits sont, pour certains, décuplés. La découverte est importante et ses conséquences, notamment économiques, poussent l'IGR à engager une procédure de brevet international.
« On vient de lancer quelque chose de nouveau, résume Guido Kroemer : la chimiothérapie immunitaire. » Pourquoi n'a-t-on pas trouvé plus tôt cette théorie ? « Je crois simplement qu'on ne l'a pas cherchée. Nous, nous avons cherché du côté de la mort cellulaire, pas du côté immunitaire. » Et si Guido Kroemer reste prudent sur l'avenir de cette découverte, notamment pour les cancers très avancés, il se dit « convaincu qu'il y aura des similitudes chez L'homme ».Mais les dispositions réglementaires sont telles que les essais sur l'homme n'interviendront pas avant deux ans et l'application chez le patient «d'ici à dix ou quinze ans».
27 janvier 2007 Le Parisien - Daniel Rosenweg
L'INSTITUT Gustave Roussy de Villejuif (IGR) est habitué aux chercheurs qui trouvent. Parmi ces avancées souvent spectaculaires, il en est une qui relève du conte pour son découvreur, un jeune scientifique de 24 ans.
Il vient de publier le fruit de ses travaux dans le dernier numéro de la prestigieuse revue «Nature Medicine». Cette trouvaille est très prometteuse pour les patients atteints de cancer.
A la veille de Noël 2005, Michel Obeid regarde une nouvelle fois dans son microscope, quelque peu désespéré. Ce doctorant, arrivé à l'IGR il y a trois ans dans l'unité dirigée par Guido Kroemer, fait sa thèse sur la vaccination contre le cancer.
Depuis des mois, il teste la réactivité de certaines protéines. Il les soupçonne de pouvoir servir d'alarme au système immunitaire en présence de cellules cancéreuses. Ce jour-là, il teste la quarantième protéine, la calreticulin, alias la «cal».
Et ce 23 décembre, le Père Noël est en avance. Bingo : la cal qu'il observe est en train de stimuler un dispositif immunitaire ! Du jamais vu.
90 % des tumeurs Réduites à néant.
La cal se trouve dans toutes les cellules. « L'idée, explique le jeune chercheur, c'est, à travers elle, d'attirer l'attention du système immunitaire sur des cellules cancéreuses. Une fois ces intruses identifiées et cataloguées comme étrangères par le système immunitaire, les lymphocytes T se mettront à chasser toutes les cellules semblables en vue de leur destruction. » La théorie générale s'est révélée exacte. Quelques mois plus tard, lors d'essais
sur des souris, le système immunitaire réagit. « En quelques jours, la tumeur a été réduite à néant chez 90 % des souris », explique Michel Obeid. Sans dommage, cette fois, contrairement à la chimiothérapie.
Le doctorant et son directeur, Guido Kroemer, spécialiste de la mort cellulaire, décident enfin de tester la protéine en l'associant aux médicaments utilisés en chimiothérapie. Le résultat est spectaculaire. Les effets des produits sont, pour certains, décuplés. La découverte est importante et ses conséquences, notamment économiques, poussent l'IGR à engager une procédure de brevet international.
« On vient de lancer quelque chose de nouveau, résume Guido Kroemer : la chimiothérapie immunitaire. » Pourquoi n'a-t-on pas trouvé plus tôt cette théorie ? « Je crois simplement qu'on ne l'a pas cherchée. Nous, nous avons cherché du côté de la mort cellulaire, pas du côté immunitaire. » Et si Guido Kroemer reste prudent sur l'avenir de cette découverte, notamment pour les cancers très avancés, il se dit « convaincu qu'il y aura des similitudes chez L'homme ».Mais les dispositions réglementaires sont telles que les essais sur l'homme n'interviendront pas avant deux ans et l'application chez le patient «d'ici à dix ou quinze ans».
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